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« La Marseillaise » se bat pour sa survie

Le quotidien régional, né en 1943, traverse la plus grave crise de son histoire. Le plan de redressement préparé par la direction sera-t-il validé par le tribunal de commerce, ou verra-t-on disparaître le pluralisme dans la presse écrite de notre région ?

Journal emblématique du grand Sud, de Montpellier à Toulon et d’Avignon à Marseille, où sa ligne éditoriale progressiste est une des dernières qui subsiste, La Marseillaise se débat depuis novembre 2016 dans d’intenses difficultés. Un combat mortel, où le quotidien, indépendant, lutte pour sa propre survie, dans un environnement marqué par un nombre de lecteurs en baisse et des annonceurs privilégiant d’autres vecteurs de communication.

« Nous sommes sur le fil »

Placé en redressement judiciaire, le journal dispose d’un bref délai, jusqu’à la fin de sa période d’observation, le 28 mai 2018, pour bâtir un plan de redressement permettant de maintenir l’activité et d’apurer les dettes, colossales (6 millions d’euros) – à moins que le tribunal de commerce, qui contrôle chaque mois l’état de la trésorerie, ne décide d’une cession ou d’une liquidation.

« Nous sommes sur le fil », admet Audrey Garino, la directrice générale, « mais ça n’affecte pas le moral de nos salariés, combatifs et admirables ». Dans ses cartons, un projet visant à transformer les éditions Languedoc et Var en format hebdo, à stopper les éditions Vaucluse et Alpes de Haute-Provence, et à recentrer l‘activité du quotidien sur les Bouches-du-Rhône. Le tout, avec 44 suppressions d’emploi (sur un total de 85) à la clé.

Si direction et salariés se rejoignent sur la nécessité du maintien du titre, les suppressions de postes passent mal. « Nous sommes d’accord sur la nécessité de sauver La Marseillaise pour le pluralisme de la presse. Mais comment produire un quotidien et deux hebdos avec 40 personnes ? », s’interroge Emmanuel Vire, secrétaire national du Syndicat national des journalistes (SNJ). « Localement, toutes nos actions auprès des pouvoirs publics visent à ce qu’il y ait le moins de licenciements possibles », défend pour sa part Emilie Parente, déléguée du personnel.

La période de tous les dangers

Président des Editions des Fédérés, qui ont repris La Marseillaise en 2015, Alain Hayot déplore que certains repreneurs convoitent davantage les opérations immobilières ou la reprise d’événements comme La Marseillaise à Pétanque que l’activité du journal, et appelle direction, salariés et lecteurs à s’unir. « Cette période d’observation est celle de tous les dangers », prévient-il. « Car le tribunal n’hésitera pas à prononcer la liquidation ! ».

Du côté des lecteurs, la mobilisation bat son plein. Aux Pennes-Mirabeau, la section locale des Amis de La Marseillaise multiplie les initiatives. « Il est essentiel que La Marseillaise vive, car c’est le seul journal qui permet aux forces progressistes, qu’elles soient politiques, syndicales, culturelles ou citoyennes, de médiatiser leurs actions », affirme Luc Claudet, son responsable. Serge Baroni, président de l’association, rappelle pour sa part que « L’appel du 18 décembre », lancé pour que vive le journal, a été signé par plus de 200 personnalités politiques de la région Sud-Est.

Miroir de nos luttes

Les pouvoirs publics sont attentifs au dossier. Le Préfet de Région a ainsi favorisé début mars l’organisation d’une table ronde. Objectif : limiter les licenciements et donner au titre les moyens (effacement d’une partie de la dette, étalement des remboursements, aide à l’investissement) d’un développement pérenne – une idée soutenue par 25 députés de tous bords dans une lettre à Edouard Philippe, Premier ministre.

La situation est grave, et la tension forte. De l’avis de tous, La Marseillaise vit la plus grave crise de son histoire. Et ce journal, créé dans la clandestinité durant la Résistance, aura bien besoin de toutes les forces qui l’ont animé, même dans les moments les plus sombres, parfois au péril de la vie de certains, pour la surmonter. Pour que continue de vivre La Marseillaise, ce miroir de nos luttes et de notre engagement.

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