Droits des femmes : Le fil d'ariane

© Arnaud Robin

Dans le cadre de la Journée internationale des Droits des Femmes, Ariane Ascaride a eu la gentillesse de s'entrenir avec le "107MAG".

 

En matière d’égalité Femmes/Hommes, Ariane Ascaride ne garde jamais sa langue dans sa poche.

Éternelle héroïne de Marius et Jeannette (César de la meilleure actrice, 1998) et de Gloria Mundi (Prix d’interprétation à la Mostra de Venise, 20 19), Ariane Ascaride e s t membre du Collectif 50/50 pour l’égalité femmes/hommes dans le cinéma et l’audiovisuel. À cœur ouvert, rencontre avec une femme libre. 

 

107MAG’ : Que pensez-vous de la Journée internationale des Droits des Femmes ?

Ariane Ascaride  : « Le 8 mars, ça me fait bien rigoler, tiens. Ça m’a toujours évoqué les défilés militaires, tous un œillet à la boutonnière, et le lendemain c’est fini… Les Droits des Femmes, c’est une lutte. Pas seulement celle des femmes : celle de tout le monde, hommes et femmes réunis ».

"La première reconaissance, c'est l'égalité salariale"

La parole des femmes est plus libre, aujourd’hui…

« Oui, et je m’en réjouis. Certes, cette parole est parfois violente, et je ne m’y reconnais pas totalement, mais il faut bien se dire que pendant des siècles les femmes n’ont eu que le droit de se taire. Et puis, il est nécessaire que les hommes réalisent qu’ils vivent dans un monde taillé pour eux… ». 

Comment la société doit-elle progresser ?

« La première des reconnaissances, c’est l’égalité salariale. Ce n’est pas qu’une histoire de loi. C’est le regard qu’on pose sur la femme. Comme l’a dit François Ruffin à l’Assemblée nationale à propos des femmes de ménage de l’hôtel Ibis : sous nos yeux, des milliers de femmes sont poussées vers des horaires coupés, des paies au rabais et l’invisibilité sociale. Pourtant, le travail qu’elles font, aucun homme n’y arriverait ! ».

Quels reculs constatez-vous ?

« J’habite en face d’une cité, j’y rencontre des jeunes femmes, et je suis atterrée par leur méconnaissance de la contraception ou de l’IVG. Et avec le discours ambiant, ça n’est pas près de s’améliorer ! On s’est moqué des féministes des années 70, mais leur combat était juste. C’est une solitude épouvantable d’être enceinte quand on ne le veut pas ».

Des motifs d’espoir ?

« Changer les choses sera long, très long. Le point positif, c’est que nous sommes devenues incontournables. Mais ce sont toujours des femmes qui sont harcelées, frappées, violées, tuées ! Maintenant, il faut engager un vrai travail d’éducation, avec des philosophes et des sociologues, parce qu’hélas, le patriarcat est intégré au plus profond de la culture des femmes ».

” Le point positif, c’est que nous sommes devenues incontournables ”

C’est-à-dire ?

« Je viens d’une famille italienne où, le dimanche, ma mère me demandait d’apporter le café au lit à mes deux frères. Le pire, ce n’est pas que je le faisais, c’est que j’en étais fière ! C’est ce type de réflexe qu’il faut changer. Mais sans considérer l’homme comme un ennemi. Aux hommes, je veux seulement dire : « Donnez la parole aux femmes, et écoutez-les ! ».

 
Quelle est votre place dans ce combat ?

« Oh, toute petite ! Parce que je parle, on dit que je suis une actrice engagée. Mais moi, je suis comme vous, je n’ai qu’une vie, et j’ai envie d’en faire ce que je veux ! Ma seule fierté, c’est d’être marraine du Secours populaire et de soutenir les Voiles de la Paix ».

 

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